La face cachée de la psychologie positive, Michel Hansenne

Note : 5 sur 5.

Au tournant des années 2000, émerge un mouvement qui considère que la psychologie s’est suffisamment attardée sur les douleurs et les échecs vécus et exprimés par les personnes, et qu’il est temps désormais de favoriser l’épanouissement et de promouvoir le bonheur en cultivant les aspects positifs des individus, des institutions et de la société.

Ce mouvement qu’incarne la psychologie positive, se développe alors très vite, trop vite. Séduisant un large public avant même que l’assise conceptuelle n’ait été rigoureusement posée, et que les bénéfices d’une recherche constante de bien-être aient été objectivement avérés, les formations se multiplient, et avec elles les coaches de vie, les applications pour smartphone et des économistes qui voient dans ce plaidoyer du positif « un allié pour asseoir le rendement ».

Au travers consumériste, s’ajoute un problème d’équité. Alors que la psychologie positive insiste sur cette idée que pour être heureux, il faut varier les plaisirs, elle néglige curieusement la question de la faisabilité. En d’autres termes, on peut se demander si ce mouvement ne s’adresse pas surtout à une partie de la population qui possède des degrés de liberté plus grands pour jouir sans aucune difficulté de cette variété.

« Mais ne faut-il pas de la liberté pour implémenter des actions intentionnelles positives pour améliorer son bien-être ? Tout le monde a-t-il un boulevard ouvert au changement devant lui ? N’est-ce pas, après tout, les personnes déjà heureuses qui ont cette liberté ? N’est-il pas de l’ordre du privilège des personnes heureuses que de l’être ? Et de se demander si la psychologie positive ne serait pas plus au service des nantis que des démunis […] »

La psychologie positive a comme autre défaut de s’appuyer sur des études aux méthodes douteuses et aux résultats aisément contestables. L’empressement s’est imposé aux dépens de la rigueur. Ceci étant dit, tout n’est pas à jeter. Moins connue du public, il existe pourtant bel et bien une recherche de qualité en psychologie positive, s’appuyant sur une base théorique rigoureuse. Plus nuancée, celle-ci met en garde contre les effets négatifs d’une quête effrénée du bonheur et souligne par exemple l’importance de la régulation des émotions dans les processus qui participent au développement et au maintien du bien-être.

Docteur en psychologie et professeur ordinaire à l’Université de Liège, Michel Hansenne fournit dans cet ouvrage une argumentation solide ainsi que des perspectives intéressantes pour l’avenir de la psychologie positive en s’appuyant sur une bibliographie extrêmement riche et actuelle. Une lecture fort stimulante.

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